mardi

INTERVENTIONS SUR LES BLOGS "PRES, LOIN" DE PAULEDEL ET "CLOPINERIES" DE CLOPINE

La colère de Jeanneney contre l'accord Google...
1. Si Jeanneney n’avait pas fait de Gallica un dinosaure-né, une bibliothèque aussi peu ergonomique qu’exploitable, avec ce snobisme de puriste, la manie du .pdf de l’ouvrage original au lieu du format traitement de texte…
Désormais, quand je cherche un livre électronique, je ne consulte même plus Gallica. Je vais directement sur Wikisource et ABU.
Dommage. Nous n’avons pas su être simples et efficaces. Nous en payons le prix. Je ne verserai pas une larme sur cet échec.
Rédigé par : JC Barillon | le 26 août 2009 à 09:29 | Alerter


barbey d'aurevilly et...
1. Certes, l’art ne se satisfait pas d’eau tiède. Et face aux compromis incessants, composer avec la vie, négocier, la littérature est un lieu ou l’intransigeance est exceptionnellement une vertu. Sans prendre la pose de l’artiste face aux éléments comme Gilliatt sur son îlot des Minquiers, cette exigence décrasse et fait le tri. Mais doit-on en conclure que tous les bons auteurs grincent, empêchent de tourner en rond ? Des emmerdeurs qui soulignent les trains en retard, les fêlures qui font les histoires ? Allons, vous auriez bien à l’esprit quelques écrivains serviles mais bons ? Non ?
Rédigé par : JC Barillon | le 30 juillet 2009 à 10:42 | Alerter


1. Respirez pour nous !
Rédigé par : JC Barillon le 17 mars 2009 à 00:13 Alerter


l'infirmière de Moravia
1. Les nouilles pour la nouille.
Oui, oui, je sors…
Rédigé par : JC Barillon le 03 mars 2009 à 00:28 Alerter


le fanfaron
1. Une odeur de vie, le suint du troupeau, nous allons, nous avançons, hé oui…
Rédigé par : JC Barillon le 23 février 2009 à 23:10 Alerter

2. Makine. Une de ses remarques, lors d’une récente émission de promotion éditoriale : dans le roman français actuel, les relations entre les personnages sont surtout « physiologiques » et auraient perdu une finesse psycho-littéraire bien plus souhaitable.
Rédigé par : JC Barillon le 27 février 2009 à 13:16 Alerter


l'écriture blanche de L'Histoire...
1. Ah, les mutations ! Regardez aujourd’hui l’explosion des littératures du tiers-monde, Inde, Chine, Amérique Latine… ça bouge chez eux.

Et nous ? Avec nos airs chagrins de fins de race, encore enkystés dans le cocon, notre confort qui se débine avec alentours le précaire qui rôde ? Oui, notre écriture actuelle a bien souvent des mollesses de chat pansu ; elle nous tartine ses figures imposées qui tournent en rond, bien polies, des audaces marketées. Ambition est morte ?

Alors quoi ? Leur faudrait une bonne guerre ? Une bonne crise ? Rassurez-vous, elle arrive, elle est là. Contre l’écriture tiède, un bon coup de malheur, ya qu’ça d’vrai. Ça requinque !

Justement, plus que jamais, il me semble que la valeur en question, le champ de bataille fondamental reste encore et toujours l’humanisme. Les auteurs précités sortaient hagards de sa destruction et le clamaient. Nous, nous serions en train de le perdre. Encore un effort pour en être vraiment conscients, blessés à pleine chair. Alors peut-être réagirons-nous avec une prose vivante : une écriture de combat. Partie prenante au débat, elle touchera le lecteur parce qu’immergée dans son époque par tous les fibres de son style. Un style novateur, mais pourquoi renierait-il les anciens ? Il s’agit aussi d’identité culturelle. La mondialisation n’est pas que le rabotage des particularismes, elle est aussi leur sauvegarde par leur divulgation au monde, et sans tendance muséale.

Enfin, notre second combat n’est-il pas contre nous-mêmes, nos regrets de chroniqueurs désabusés, immobiles, emmurés de stoïcisme et de nostalgie ?

Le choix demeure entre « l’abîme ou la métamorphose ». (E. Morin)
Rédigé par : JC Barillon le 17 janvier 2009 à 11:20 Alerter


souvenirs d'égotisme
1. Pourquoi Stendhal me semble être un écrivain que le talent a trop gâté ?

En bon oiseleur, chez lui tout coule de source, simple, rapide, vous vous en être tant expliqué sur ce point cher Paul. Et je comprends que la qualité même du texte résulte de cette liberté de ton, cette décontraction.

Mais, tout à fait conscient du contresens et de la vacuité de la supposition, il m’arrive de rêver à l’écriture d’un Stendhal plus besogneux, un forçat de travail, un guetteur. Aurions-nous des roideurs verrouillées, du minestrone à dictées ? Je pencherais plutôt pour un style moderne avant la lettre, les nudités d’aujourd’hui.

Bonne année à tous.
Rédigé par : JC Barillon Alerter

2. « Si j’ai bien lu la controverse Paul Edel - Jean-Luc Barillon, il n’y a pas d’incompatibilité entre écrire vite et etre un génie » court le 12 janvier 2009 à 17:33

Mais c’est très exactement ce que je disais cher Court : « Et je comprends que la qualité même du texte résulte de cette liberté de ton, cette décontraction. »

J’émettais seulement la supposition oiseuse d’un Stendhal plus bosseur, et le rêvais grattant la phrase vers toujours plus de simplicité, préfigurant à un siècle de distance la facture “pauvre” d’un Simenon ou d’un Modiano : « … un style moderne avant la lettre, les nudités d’aujourd’hui… ». Ce n’était que de la science-fiction.

Enfin, pas Jean-Luc, non, pas Jean-Luc.

Bonne soirée.
Rédigé par : JC Barillon le 12 janvier 2009 à 23:20 Alerter

3. « Saint Simon écrit pratiquement sous Louis XV l’histoire du siècle de Louis XIV dans la langue de Louis XIII. » Jean-ollivier le 13 janvier 2009 à 18:03
Aujourd’hui, tant d’auteurs nous parlent d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître dans la langue ou sous l’influence de… Stendhal et consorts. Curieuse concordance des temps.
Rédigé par : JC Barillon le 13 janvier 2009 à 23:35 Alerter


quand même, cette photo!
1. Les auteurs se construisent en intériorité et il arrive que le tout déborde, certes. Mais, paradoxe, de cette introversion, il leur reste parfois un formidable malaise face à l’autre. Et ces hérauts des hommes ont toutes les peines du monde à entrer en contact avec l’humanité dont ils sont les témoins.
Rédigé par : JC Barillon le 10 décembre 2008 à 14:34 Alerter

dans la pénombre hivernale...
2. On pense au mot « naufrage » puis Bach arrive à la rescousse en consolation, en ars moriendi. Mais la vie âpre a la tête dure et peinture, musique ne sauraient totalement recouvrir de couleurs acceptables ces vieillards d’os et de viscères qui se débattent contre la fin avec des gestes de noyade.
Rédigé par : JC Barillon le 01 novembre 2008 à 16:12 Alerter


paul Virilio et le krach
1. Hum, pourquoi l’humilité, fût-elle récente, nous pousserait à renoncer à trop d’ambition ? Et la fin d’un type de capitalisme n’est pas la fin de l’histoire, allons. Voyez plutôt chez Wallerstein, une hauteur de vue confondante de perspicacité : http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2008/10/11/le-capitalisme-touche-a-sa-fin_1105714_1101386_1.html
Rédigé par : JC Barillon le 19 octobre 2008 à 11:29 Alerter

2. « pourquoi la hauteur de vue serait-elle confondante de perspicacité? Voulez -vous dire, cher JC Barillon que vous auriez la même hauteur de vue? » Rédigé par : leo nemo le 19 octobre 2008 à 11:44
Loin de moi une telle outrecuidance. J’ai tout simplement voulu dire que parfois, au détour d’un texte, une idée nouvelle ouvre des perspectives, des développements inédits. Elle surgit souvent d’une interdisciplinarité novatrice, elle fait le lien entre deux éléments connus et à la manière d’un puzzle, rajoute une troisième pièce à l’édifice, offre une cohérence étonnante, du sens. Voilà ce qu’une hauteur de vue est capable de faire pour notre plus grand bonheur. Quant à la perspicacité de Wallerstein, oui, son audace peut faire hésiter les sages. Je suis plus acquis à son analyse de l’actuelle crise à travers la grille des cycles de Kondratiev que par son rapprochement avec l’effondrement du système féodal européen au XVe siècle, assez gonflé, séduisant, une interprétation des cycles longs à la Braudel, à l’opposé de l’Histoire accidentelle de Viriglio. Mais justement, quelle fraîcheur ! Quelle créativité ! Quelle stimulation, loin des Miserere sans boussole.

« On vous parle de finitude. Ne confondons pas tout ». Rédigé par : israel le 19 octobre 2008 à 15:33
Tout à fait d’accord !

« [la perspicacité], je ne m’étonne pas dès lors que vous alliez la chercher chez les autres. » Rédigé par : israel le 19 octobre 2008 à 15:33
Alors là, cher israel, c’est l’Hôpital qui se moque de la Charité.
Rédigé par : JC Barillon le 19 octobre 2008 à 19:48 Alerter

3. Nous allons tous nous retrouver en graphique dans votre blog, cher Jean-Christophe? Rédigé par : leo nemo le 20 octobre 2008 à 05:19

Il ne s’agit pas de faire rentrer la vie, sa réalité complexe à grand coup de marteau dans des cases, des courbes. Ni une masturbation intellectuelle, un tour de force stérile. Disons que pour structurer un texte avec rigueur, et seulement si une telle mécanique est nécessaire, par déformation professionnelle sans doute, je pense avec Excel et j’écris sous Word (j’entends déjà les lazzis).

En fait, j’ai seulement réinventé l’eau chaude et j’ai rejoint sans le savoir la méthode des logiciels de séquençage, d’aide à la réalisation de films ; ce fut là un outil vraiment efficace. Mais dans le genre structure grillagée, il me semble que Joyce et Perec ont fait des choses bien plus sophistiquées.

Enfin je vous rassure, la nature humaine, la mettre en boite ainsi, quel appauvrissement ce serait. Encore que, pour dégager des tendances de fond, les statistiques, c’est pas mal. Mais c’est pas d’la littérature, ah ça non !

@ Phil sur “Cosmos 1999″. le 20 octobre 2008 à 15:59Hummm, Barbara Bain en pyjama pattes d’eph….
Rédigé par : JC Barillon le 20 octobre 2008 à 22:07 Alerter


16 octobre 2008
1. Ne regardez-vous pas les gens comme vous contemplez la mer ?

2. @TKT le 17 octobre 2008 à 05:50
Alors vous n’aimez pas tellement les gens, dommage.
Comment pouvez-vous goûter la littérature sans apprécier la pâte humaine ?
Rédigé par : JC Barillon le 17 octobre 2008 à 14:12 Alerter


Celine, banlieue, chomage.....
1. Les propos d’israel interpellent (le 30 septembre 2008 à 22:03).

Hors de la littérature consanguine, refonder la modernité du roman en repartant du vécu commun, traduire ce ressenti en instantanés, portraits de groupe, de masse, oui ! Avec pour clé le point focal « la source de l’angoisse humaine » qui « résiste à la représentation », intuition que je partage pleinement. Quelle est-il ? La Shoah dites-vous, son absolu résiste à l’analyse mais sur l’échelle du pire, elle demeure la plus haute marque jamais atteinte et une possibilité, une menace éternelle.

Mais de manière plus diffuse il y a peut-être un autre trou noir à creuser : l’impénétrable avenir. Et pas radieux, l’avenir. Dans les esprits, il semble désormais plus porteur de menace que d’espérance et je n’écris pas que sous l’influence de la crise actuelle.

Avant, dans les sociétés lentes ou bloquées, la permanence des choses ou son apparence pouvait rassurer. Et en cas de grands bouleversements, les fois religieuses ou politiques traçaient du fond de l’abîme un ciel porteur d’espoir.

Aujourd’hui, pour beaucoup ces repères ont disparus et l’instabilité règne. L’avenir n’est plus lisible, projetable. Le présent produit des générations moins sensibles au passé que les nôtres dit-on, amnésiques, formatage d’ilotes… elles ont encore moins de repères pour se positionner au monde. Certes, elles développent une adaptabilité bien agile mais à courte vue, le long terme est improbable. Les spécialistes en boules de cristal de tout poil sont convoqués, jouent les cassandres ou plus humblement avouent leur ignorance. Les esprits sont aveugles, piétinent, ruminent. La modernité dite liquide*, voilà une autre source de l’angoisse humaine, refondatrice du roman actuel et… à venir.

Enfin revenir au réel avec en trame de fond les mythes fondateurs de la littérature européenne dites-vous. Holà, droit d’inventaire s’il vous plait. Nombre de ces archétypes sont souvent d’une prévisibilité, d’une permanence qui ne sont plus d’époque. Par contre, oui, le Quichotte, emblématique de la grande bascule de la Renaissance, l’esprit embrumé de ses modèles du passé se fracassant sur un présent bien réel, cruel… Allons, du passé ne faisons pas trop rapidement table rase !

* http://fr.wikipedia.org/wiki/Zygmunt_Bauman
Rédigé par: JC BARILLON le 01 octobre 2008 à 23:25 Alerter


De la discretion
1. Écrire pour disparaître. Peut-être en écrivant à ceux qui ne sont pas encore nés. Alors pour être compris, écrire avec le moins de référentiel possible, se raccrocher au plus petit commun dénominateur de l’homme, universel, une silhouette, Giacometti. S’effacer, racler le Moi avec les chairs pesantes du temporel, folklore d’époque, les oripeaux. Camus, Saint Ex, qui d’autres ?
Rédigé par: JC BARILLON le 16 septembre 2008 à 22:00 Alerter


Blog fermé pour cause de...
1. Mais il a le droit de faire ça ?!
Rédigé par: JC BARILLON le 09 août 2008 à 23:52 Alerter

2. C’est incontestable, notre bonne Clopine sait recevoir ; que son œil se rétablisse au plus vite.
Mais en boulangerie, celle de La Haye du Puits (avant Saint-Symphorien-le-Valois, vers Lindberg), championne de France de la brioche, c’est pas mal non plus.
Rédigé par: JC BARILLON le 10 août 2008 à 12:05 Alerter


les champs,l'été
1. la douceur d’une après-midi croquée dans la chair d’un abricot mes dents rondes d’enfant à pleine pulpe tiède dans le verger du grand-père au loin La Défense les tours en construction
Rédigé par: JC BARILLON le 05 août 2008 à 19:57 Alerter


Henry brulard, un sacré
1. … et aujourd’hui la catharsis sèche du Pedigree de Modiano…
Rédigé par: JCBARILLON le 26 juillet 2008 à 15:13 Alerter


Le canard sauvage
1. Puisque vous vous lancez dans l’élevage…
http://perso.numericable.fr/mobriant/articles/1951/1951520A.htm
Rédigé par: JC BARILLON le 23 juillet 2008 à 14:14 Alerter


dans la banlieue romaine......
1. Et je pense à ma seule visite en Grece, à Nauplie,puis à epidaure, J’en tremble encore de bonheur. pauledel le 21 juillet 2008 à 19:35

Pour moi, Paul, ce fut Delphes.

A Delphes, au crépuscule, dans l’étroite vallée, des profondeurs montait une couleur violette.

Pas une brume, pas une lumière. Une couleur violette.

Un ouaté féminin, presque charnel. A tendre la main au-dessus du vide et caresser les volutes, les galbes.
Longtemps, en pensée, je me suis coulé dans les replis du soir, la palpitation de l’air gagnée de nuit, en effluves, l’envahissement doux.

La nuit sans âge renouvelait son sortilège d’avant les temples, les dieux mais gardait en son sein les échos des hommes passés.

Ce violet improbable a pour moi la couleur de l’éternité. Une éternité bienveillante, heureuse.
Rédigé par: JC BARILLON le 22 juillet 2008 à 14:01 Alerter


de 8h42 à 11h 5O
Un samedi sans qualités ?
Rédigé par: JC BARILLON le 19 juillet 2008 à 19:14 Alerter

Ecrivains qui dessinent
1. J’ai toujours pensé que l’écriture procédait d’une impuissance originelle, la frustration de ne pouvoir exprimer l’indicible comme la peinture et la musique, arts immédiats, sans mots ni traduction.
Un pis-aller. Après ingurgitation d’un bagage obligé, une laborieuse tentative de compenser. L’ambition de rejoindre la perfection de ces esthétiques, perfection car elles précèdent la pensée formulée.

Kundera recommande l’apprentissage de la musique pour la structure et le phrasé. Mais il est vrai aussi que la pratique du trait net permet d’aller directement à l’os. L’œil de Picasso n’en finit pas de vriller…
Et la musique favoriserait-elle plutôt la maitrise du temps et la peinture, celle de l’espace ? Pas sûr. En fait, tous ces arts s’interpénètrent en un foisonnement orgiaque où se forge le style.

Enfin, quel est le plus définitif : le mot ou le coup de pinceau ? Ce dernier, semblerait nous dire Christiane dans son superbe commentaire de 13:30. Pourtant la situation est-elle si figée ? Comment vieillissons-nous ? Notre regard de lecteur ou de spectateur évolue, change. Nous ne cessons de défaire le trait net, le dernier mot.
Rédigé par: JC BARILLON le 17 juillet 2008 à 21:37 Alerter

2. “son goût des variations à la Beethoven, chez lui, envahit ses œuvres. de la grande maturité…”pauledel le 18 juillet 2008 à 08:45

En effet, voir « L’art du roman » où la musique sert de modèle à la structuration de l’écriture, soit le quatuor op. 131 de Beethoven.

« … la forme d’un roman, sa « structure mathématique » n’est pas quelque chose de calculée ; c’est un impératif inconscient, une obsession (…)

Beethoven est, peut-être, le plus grand architecte de la musique. Il a hérité de la sonate conçue comme un cycle de quatre mouvements, souvent assez arbitrairement assemblés, dont le premier (écrit dans la forme -sonate) était toujours d’une plus grande importance que les mouvements suivants (écrits en forme de rondo, de menuet, etc.). Toute l’évolution artistique de Beethoven est marquée par la volonté de transformer cet assemblage en une vraie unité. Ainsi, dans ses sonates pour piano, il déplace peu à peu le centre de gravité du premier au dernier mouvement, il réduit souvent la sonate à seulement deux parties, il travaille les mêmes thèmes dans les différents mouvements, etc. Mais en même temps il tente d’introduire dans cette unité un maximum de diversité formelle. Il insère plusieurs fois une grande fugue dans ses sonates, signe d’un courage extraordinaire car, dans une sonate, la fugue devait alors paraître aussi hétérogène que l’essai sur la dégradation des valeurs dans le roman de Broch. Le quatuor op. 131 est le sommet de la perfection architectonique. Je ne veux attirer votre attention que sur un seul détail dont nous avons déjà parlé : la diversité des longueurs. Le troisième mouvement est quinze fois plus court que le mouvement suivant ! Et ce sont, précisément les deux mouvements si étrangement courts (le troisième et le sixième) qui rattachent, maintiennent ensemble ces sept parties si diverses ! Si toutes ces parties étaient à peu près de même longueur, l’unité s’écroulerait. Pourquoi ? Je ne sais pas l’expliquer. C’est comme cela. Sept parties d’une même longueur, ce serait comme sept grosses armoires déposées l’une à côté de l’autre. »

Ainsi la musique enseigne aux auteurs la recréation des schémas passés, vers une nouvelle cohérence.
Elle nous révèle aussi le “lâcher prise”, la grande liberté que permet la maîtrise atteinte. Règle n°1 : se méfier (un peu) des règles. Voilà ce qu’en d’autres lieux vous avez évoqué sur Hugo.
Rédigé par: JC BARILLON le 19 juillet 2008 à 13:43 Alerter


Barbey,premier Clairon au.....
1. Ce furieux, irascible, qui ne respire que dans le conflit… curieux pour un Normand. On les connaît plus lisses, ou en tout cas d’une toute autre rugosité. Mais si la terre fait l’homme, le St-Sauveur-le-Vicomte du XIXème siècle peut expliquer bien des choses.

De la vanne du port de Carentan jusqu’à pratiquement l’ancienne gare de Portbail, les marais qui bordent en partie la rivière de la Douve (sur laquelle est Saint Sauveur) séparaient la presqu’île du Cotentin du reste du département sur les 2/3 de sa largeur. Dans cette enclave, les marais, inondés en hiver, les fièvres, les brouillards, dans certains endroits la pauvreté plus visible qu’ailleurs alors que le coin est plutôt riche, le côté burgrave du château de Saint-Sauveur, place qui joua un rôle important pendant la guerre de Cent ans, tout concourait à modeler l’enfant du pays en enragé, les pieds dans la vase, la tête dans les nuées.

Autre chose. Pour y passer une nuit à la belle étoile, l’été, deux options au choix :
- Le marais de la Sangsurière sous Saint-Sauveur. Les vaches, les meuglements vous réveilleront alors qu’un soleil rouge percera la brume.
- Pour qui aime moins l’horizon, tendez votre hamac entre deux arbres du bois de Limors, sur la rive sud. Les aboiements rauques et les passages des daims vous accompagneront toute la nuit.
Dans les deux cas, les moustiques attaquent avec une égale vigueur, mais on les voit moins en sous-bois.
Rédigé par: JC BARILLON le 20 juin 2008 à 18:56 Alerter

harold Pinter
1. « … amour, désastre, et solitude, vulnérabilité et menace.. tension extrême sous la banalité des pauvres mots de la conversation de tous les jours..abime entre les êtres et moments de tendresse inextricablement mêlés à des rancunes du passé, à une vacuité du présent. le vide creusé… »pauledel le 18 juin 2008 à 08:44

Justement, quelques mots sur la vacuité. Dans ma quête de la modernité, j’ai suivi vos conseils et lu Toussaint que vous appréciez tant, La salle de bain et Fuir, deux ouvrages qui encadrent son œuvre, 1985-2005. Je le reconnais, il est bien impudent de jauger l’auteur de neufs romans sur deux œuvres seulement… Disons qu’à propos de cet écrivain comparé à Chékov et Antonioni, j’ai surtout enfilé des homaisseries exaspérées que viennent tout de même tempérer les trois morceaux de bravoure du dernier ouvrage. Je suis sincère, vraiment, il ne s’agit pas du mesquin chamboul’tout d’un fâcheux.

Tout de même, nous sommes passé de la galéjade d’un potache à quatre épingles, (un jeune homme de bonne famille s’amuse de son incongruité de bon aloi et cultive une oisiveté satisfaite, hors du monde) à -enfin, mais en pointillés- l’ébranlement d’une conscience, la mort, du haletant, un amour crédible, des personnages plus épais, du Wong Kar-Wai sur papier.

Je reconnais la totale intégrité de l’auteur dans son exploration de la modernité. Seulement voilà, le système n’est pas sans écueil, à commencer par le piège du fade : on en sort pas de notre époque sous cellophane, anesthésiée sous les délicatesses atones de valétudinaires. Des petits riens maussades à perpétuité. Une humanité minuscule prend ses murmures pour des cris. Tout cela manque de vie, et peut-être surtout de vécu. Sans sombrer dans un lamentable « Leur faudrait une bonne guerre ! » on se prend à rêver aux vigoureux tableaux de Hogarth que vous évoquez, au risque de perdre un peu de tenue, d’exigence, de sobriété.

Véritable leitmotiv de la modernité, le fade est tendance mais il tourne en rond et nourrit guère son homme.

Bon retour à Parigi
Rédigé par: JC BARILLON le 19 juin 2008 à 21:35 Alerter


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CHEZ CLOPINE : http://clopinet.canalblog.com/ Aise et Malaise de la Correspondance...
Clopine, Notre-Dame du Bon Secours
Ha, Clopine, Notre-Dame du Bon Secours, la dérivation charitable, le plan B, la providence du blogueur addict ; contre les turpitudes de la technique blog.lemonde.fr, le refuge. On se déverse chez vous, on est un peu nombreux, pour nous faire pardonner l'envahissement, nous récurerons les étables, bichonnerons Utopi, sarclerons... nous ne sommes pas bêcheurs.
Posté par JC BARILLON, 12 juin 2008 à 10:14
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dimanche d'orage
1. Je me souviens trop vaguement d’une critique d’un guide de Rome. Il y a bien longtemps, début 90 ? Années 80 ?Peut-on encore parler de guide ? Il s’agissait d’une somme. Ecrite par un amoureux fou de la ville. Un banquier. Un Suisse je crois. Une encyclopédie intime, charnelle, l’œuvre de toute une vie peut-être. La vibration passait jusque dans la critique.
Désolé pour l’imprécision, la paresse du « je n’ai pas lu le livre, mais j’ai lu la critique… »
Rédigé par: JC BARILLON le 28 mai 2008 à 20:50 Alerter


Ingeborg bachmann et...
1. Cher Paul,Lire les pensées d’une femme dans un roman d’homme est souvent frustrant : on a l’impression d’une cervelle d’homme grimée, travestie en une vague ébauche féminine taillée à coups de serpe. Comme les seins des femmes de Michel-Ange plaqués sur des corps de mâles surdéveloppés. N’est pas Proust ou Ozu qui veut.
Pour découvrir les terres inconnues de la féminité, vues de l’intérieur, selon vous quelles œuvres peuvent servir de guide, résonner au plus juste de cette gageure ?
@Jean-ollivier le 21 mai 2008 à 16:14 Julien Carette a aussi connu le même sort.
Rédigé par: JC BARILLON le 21 mai 2008 à 18:27 Alerter

2. Merci Pauledel, Pavlovitch et Clopine, merci pour vos conseils.
Ils seront suivis. Bachmann, Woolf, Schnitzler, Zweig, Musil, la route est longue mais désormais jalonnée. Ce n’est qu’une question de temps, quoique…
Ce matin ma tendre et douce est allée au marché aux oiseaux et a acheté des livres, pour moi, les trois sentiers vers le lac, portraits de femmes de Pietro Citati et en contrepoint machiste, l’atelier du temps d’Uribe.
Rédigé par: JC BARILLON le 22 mai 2008 à 22:06 Alerter

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CHEZ CLOPINE : L'oeil rond de Clopin
"Battre le plein"

« Clopin trouvera le moyen de rapporter quelques romantiques souvenirs. »

Ha, Clopine, n’êtes-vous pas sensible au geste atavique, "battre le plein", le long d’une plage ? Le plein, cette ligne de varech qu’a déposée la mer au plus haut de sa course. On y trouve des merveilles, j’ai ramené des trésors.


Durant mon enfance, j’ai constitué toute une collections de ballons des autres, encore bondissants, des petites pelles, des râteaux, des seaux. Arrachés aux casiers, des flotteurs en plastique, en fer, des trophées. Des objets obscurs, cassés, toute une tragédie derrière, imaginer la tempête, la perdition, corps et âmes…

Un gros bidon de peinture blanche presque plein, incrusté de concrétions. Même une fois une bouteille à la mer lancée par un anglais d’en face, du Kent ou de Jersey, je ne sais plus.

Et puis le bois. Surtout le bois. Très important le bois. Pour la cuisinière, pour économiser le charbon les jours froids, hors-saison. Comme nous y sommes presque jamais à cette époque, les bois s’entassent dans la remise, certains lisses comme des galets, gorgés d’eau salée continuent de pourrir à l’abri, contaminant les autres, les planches comme neuve, superbes, parfois un lourd madrier pour lequel on a interrompu une balade, rameuté des bénévoles, on l’a hissé, transporté sur le chariot du bateau gonflable dont les roues s’enfoncent dans le sable sec.

Parce qu’une belle planche comme ça, la laisser à n’importe qui, c’est pas moral !

L’impression d’être un pirate, limite naufrageur, de vivre sur le pays, un Gilliatt.


Posté par JC BARILLON, 17 mai 2008 à 14:55

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Sur une île avec Hugo et.....
1. Cher Paul,J’ai suivi vos conseils (voir zone de carenage le 28 avril 2008 à 12:25) et lu deux livres de Régis Jauffret. Pour éviter ici le hors-sujet, je me suis permis un squat virtuel : j’ai glissé ma copie dans cet embryon de post sans texte du 28 avril 2008 situé sous votre texte « Zone de carénage, suite » (lien ici le 15 mai 2008 à 12:01)
Rédigé par: JC BARILLON le 15 mai 2008 à 12:05 Alerter

28 avril 2008 Publié Non classé Lien permanent Alerter
2. Je vous avais demandé quels auteurs selon vous décrivent le mieux la modernité. Parmi les écrivains traduisant « quelque chose de contemporain, d’actuel, un reflet de notre monde », vous avez évoqué Régis Jauffret. J’ai suivi vos conseils et lu « Autobiographie » que j’évacuerai brièvement pour me concentrer sur « Fragments de la vie des gens », décalque développé et plus abouti que ce premier ouvrage. Désolé, c’est un peu long.

« Autobiographie »
Je suis devant ce livre comme un naïf cousin de province paumé chez les partouzeurs parisiens.Cette automate autiste qui vieillit de coït en coït, juste une surenchère porno pour épater le bourgeois ? Une énaurrrme galéjade postmoderne ; ça évolue dans le gris-noir, forcément, cirque du malheur. Etre crédible est inconcevable. L’auteur ne crois pas une seconde à son histoire. Ce n’est pas le but ; second degré n’est-ce pas. De cette irréalité pour happy few blasés qui désolidarise un peu plus les lecteurs lambda de la littérature. Il s’agissait donc de faire un livre de plus ? Un livre–concept, sans doute.

Lot de consolation, texte lu, il surnage un concentré d’amertume très proche en effet du remugle de notre époque. Mission accomplie, finalement, je le concède.Mais enfin, tout ça pour ça ?

« Fragment de la vie des gens »
Voici le kaléidoscope de cinquante-sept tranches de vie racontées de l’intérieur. Le désenchantement absolu, acharné à ronger ses plaies, dernier avatar trash du bovarysme.

Ses personnages sont la plupart du temps hors la vie, femmes au foyer déboussolées, chômeurs, salariés à la profession à peine esquissée. Des êtres pris au piège de la réalité, d’une fatalité terne qui écrase les rêves quand ils en ont. Ces ultramodernes Meursault sombrent dans l’asocial. On est le spectateur impuissant soit de l’instant où la souffrance bascule dans l’irrémédiable, soit de la désagrégation lente des êtres sur une vie entière, le tout en quelques pages.

Souvent, la folie rôde dans les esprits. Elle aliène du troupeau, de la normalité, jusqu’au suicide, obsession parfois exécutée. Nous voyons ces personnages froids du dedans, la rumination minable, l’usure de l’inaction, la vie rouillée grippe les cervelles. Voilà les récits d’accroupissements, d’encroûtements enkystés dans le silence. Le brouhaha, l’agitation du monde avec ses foules et ses klaxons ne sont perçus qu’à travers un voile de refus, le flou, l’aveuglement des psychoses.

L’auteur avance sur un fil tendu. Jusqu’où la fiction peut-elle s’affranchir de la réalité ? Jauffret joue sans cesse avec la cohérence des histoires, à franchir la limite, à tomber dans l’outrance. Pour traduire l’inhumanité ambiante, il prend le contrepied de la bienveillance ordinaire : les parents n’aiment pas leurs enfants. Une corvée, des boulets, ils envisagent de les abandonner, se sentent soulagés à leur mort.
Ecœurés par le trop plein, la collection des noirceurs, on voudrait connaître la part véritable de la sincérité de l’auteur. Démarche naïve. En rajoute-t-il pour avoir matière à écriture ? Veut-il faire genre, jusqu’à la caricature ? Pourtant, il sait aussi résonner au diapason avec le mal-être du monde, rendu parfois si justement que l’on a un sentiment d’effraction, de cambriolage des consciences.

La plupart du temps, ses personnages sont des femmes. Tourne le carrousel des pauvres femmes, des âmes en peine. Audace passionnante, l’écrivain homme traduit l’âme féminine. Les femmes se reconnaissent-elles dans ces monologues ? Parfois on les voit trop mécanistes pour être vraies, mais il arrive que l’on sente la note bleue, le toucher juste, réussi.

Quant au style, Jauffret est du côté de Simenon bien sûr. Le style est volontairement pauvre, procédé moderne. Les mots ne font plus frémir, la jubilation vient des pensées, des situations. A la fin de chaque histoire, l’auteur gagne aux poings et non par KO aux points finaux des phrases, à l’ancienne. L’art pauvre tel qu’il est travaillé aujourd’hui ; le français est riche, dommage. On peut pointer le déficit, mais reconnaissons que la manière colle à l’époque, un style qui ressemble à la liste des commissions.

Cette traduction littéraire de la modernité est une ressource précieuse à exploiter pour qui ambitionne une telle démarche, même en désaccord avec le traitement. En effet, nous sommes confrontés ici à une modernité de souffrance, un paroxysme, des gens qui déraillent. Mais notre époque n’est-elle qu’une vallée de larmes ? Et le malaise identifié connaît des graduations, des complexités que ne reflètent pas toujours ces deux livres. Je reprendrai l’un de vos ultimes commentaires chez Assouline le 14 mai 2008 à 10:35, à propos de Dostoïevski et Balzac : « deux observateurs compatissants de leur société, leurs vues plongeantes sur l’humanité, la vraie, la pauvre humanité souffrante prise à ras de terre » Vous agréeraient-ils autant s’ils étaient plus intransigeants, vachards avec leurs personnages ? La seule compassion que laisse filtrer l’écriture de Régis Jauffret dans ces deux livres réside en la dénonciation implicite, la description entomologiste des situations, des atmosphères où ce petit monde s’autodétruit sans espoir.

Les deux textes sont parus en 2000, comment l’auteur a évolué entre-temps ? Je pourrais m’engloutir dans « Microfictions » 1040 pages, 2007, mais je dois passer à J-P Toussaint.
Merci pour vos conseils, vous voyez, ils portent leurs fruits.
Rédigé par: JC BARILLON le 15 mai 2008 à 12:01 Alerter


extension du domaine de thomas...
1. “Il respirait-écrivait; il revivait dans la respiration de sa phrase.”
A fréquenter les écrivains, diriez-vous que le style peut être perçu comme une empreinte digitale de l’homme, un ADN culturel chargé de symptômes médicaux ? Vous permet-il, sans trop d’erreurs, de deviner le tempérament comme de la respiration ? Le style de Proust, à perdre haleine, est-il un rêve d’asthmatique ?
Et pourquoi pas, à distance, entre les lignes, pouvez-vous lire les ulcères, les rhumatismes…
Rédigé par: JC BARILLON le 11 mai 2008 à 10:47 Alerter


Beckett, simenon, Genet, V...
1. Les “cathédrales de bon sens” que seraient ses écrivains ne semblent pas tenir la durée. Phil le 09 mai 2008 à 11:50

L’écrivain, visionnaire guidant le peuple a vécu. Certes, des consciences émergèrent du marécage mais suivirent les naïfs bluffés, baladés, les thuriféraires louant les massacreurs d’Hitler à Pol Pot. Tout ce beau monde a sensiblement déconsidéré la profession qui aujourd’hui, échaudée, semble se replier sur des miniatures psychologiques bien moins compromettantes.

Désormais, l’auteur paraît en politicien du dimanche, analysant la réalité au risque de sa sensibilité. Face à un tel énergumène, l’intellectuel spécialiste (économiste, sociologue, géostratège) semble avoir gagné la partie. Au moins l’écrivain peut témoigner, illustrer les perceptions sociétales de ses contemporains. Tout de même, allons plus loin avec le cas emblématique de Malaparte. Au-delà de son “mentir-vrai”, grâce à son pedigree germanique et littéraire, il peut pénétrer les esprits des bourreaux et nous faire intuitivement saisir ce qu’un historien aurait plus de mal à nous faire comprendre.
Rédigé par: JC BARILLON le 09 mai 2008 à 18:16 Alerter


Zone de carénage,suite
1. Et oui, dans nos contrées, il arrive qu’au détour d’un nuage la nature se fasse violente, loin des nappes perlées d’immobile. D’un coup elle escamote le réel, dévoile un court instant le monde parallèle, tellurique où parle le granit. On comprend mieux les légendes et les croyances le nez au vent.

Mais je n’ai pas connu plus fort contraste lors du passage de la grande éclipse, il y a quelques années, plage de Fermanville, à l’est de Cherbourg. La chape de froid noir s’abat sur tout, assomme bêtes et hommes, tous inquiets, le cœur serré. Une peur de déluge, des premiers âges. On rassure les enfants, on guette le premier chant du premier oiseau, vite, chante, mais chante donc. Seules les vagues, minérales, bruissent encore. Un dieu de genèse nous écrase de silence, ses astres à l’unisson.

Puis à l’horizon une lumière chaude se répand sur l’eau, la plage, les terres, nous inonde, l’oiseau, l’oiseau, enfin…
Rédigé par: JC BARILLON le 29 avril 2008 à 20:11 Alerter


zone de carenage
1. Curieux, une marée montante, le soir. L’impression que la mer boit la plage, une nuit liquide monte alors que l’autre, aérienne, tombe et elles se rejoignent au plein, sur le rivage. Après les derniers feux rasants, le crépuscule, l’obscurité boit tout, comme un accomplissement. Mais la respiration de l’eau nous parvient encore, elle est promesse de suite, d’éternité et nous empêche de penser au néant.

« Un état mental où il n’est pas encore, mais qu’il voudrait atteindre » nous dit Clopine. Je ne sais pas. La familiarité avec la mer gomme toute velléité de but et de terme. Il est facile de rester des heures face à la mer avec pour unique ambition que d’être. Sentiment océanique ?
Rédigé par: JC BARILLON le 25 avril 2008 à 15:55 Alerter

2. « …à déchiffrer un message trouble de la Nature » pauledel le 25 avril 2008 à 19:41
Certes, parfois, au contact de la nature, nous autres animaux dénaturés percevons ou croyons percevoir le chant du monde, la musique des sphères. Personnellement, cette attitude fusionnelle se retrouve vite sous prophylaxie rationaliste, vite, faire la part du mythe, les sensations sont trompeuses, Giono-Ramuz, halte-là. Dommage. Voilà une mutilation de l’esprit dont je ne suis pas fier. Ah, dans “L’exil et le royaume”, les deux dernières pages de “La femme adultère” !

Pour la mer, plus précisément, trois anecdotes sur le gommage de «toute velléité de but et de terme», et notamment de déchiffrage de la nature.Cette image des pêcheurs de l’île de Sein (vision ancienne ou encore d’actualité ?) : retraités ou cloués en l’île par une mer trop forte, ils passent des heures face à l’océan, taiseux devant le mystère, en liturgie. Que trouvent-ils ?Un navigateur sur son voilier, il rallie la côte en vue. Panne de vent. Il aurait pu utiliser son moteur auxiliaire. Il est resté trois jours sur place, à regarder une canette flotter à deux mètres de sa coque. Qu’a-t-il trouvé ?Enfin, dialogue à peine fictif :— Face à la mer, à quoi pensez-vous ?— A rien.— A rien ? Alors ?— Alors “la mer, ça lave !” dit de Kersauson.

Enfin, avec un peu de retard, je vous remercie de votre longue réponse du 20 avril 2008 à 10:27 sur l’éthique de l’écrivain.
Rédigé par: JC BARILLON le 25 avril 2008 à 22:00 Alerter

3. « Pourquoi dites vous Ramuz Giono halte là… » pauledel le 26 avril 2008 à 12:09
Disons que je partage peu le penchant de ces deux auteurs et la fascination, la quête de certains, à la recherche d’une magie païenne dans une nature fantasmée signifiante, surnaturelle.En bref, un ésotérisme cosmique, une mystique qui tente de décrypter les pensées secrètes des choses, des éléments farouches.

Comme si se raccorder à la sagesse de ce peigne-cul de Cro-Magnon faisait avancer l’humanité.

Pour rejoindre l’universel, foin d’animisme, de fantastique. Seulement être "solidement enfoncé dans la terre comme une colonne".

Je précise que malgré les apparences, je mange bio.
Rédigé par: JC BARILLON le 27 avril 2008 à 13:09 Alerter

4. « … une époque bas de plafond.» pauledel le 27 avril 2008 à 18:45
Je vous suis sur le lyrisme de Giono, la générosité d’une évocation riche, les anciens temps à semailles, à troupeaux, l’épaisseur des matières palpable à travers les mots, comme le jaune de Van Gogh vous transperce l’œil.

Mais alors quel style pour décrire notre époque ?Comme c’est souvent le cas, évoquer le lyophilisé sans saveur, le goût du plastique, le virtuel avec la posture de l’ironie amère semble limité. La violence, elle, peut être plus feutrée que chez Giono, ou provoquée par d’autres causes ; elle n’en est pas moins redoutable. Il faut dire tout cela.

Selon vous, chez les auteurs, quels passeurs traduisent le mieux notre vie d’aujourd’hui ? Vous aviez évoqué le jeune Le Clézio. Qui d’autres ? Et surtout, si quelque élément de modernité vous semble insuffisamment traité, quel est-il ?
Rédigé par: JC BARILLON le 27 avril 2008 à 23:23 Alerter


ne jamais ouvrir de vieilles...
1. A vous lire, l’écrivain fuit la société comme un personnage de Simenon. Il s’évade dans la construction d’un livre, dans la solitude.Vous arrive-t-il de percevoir cette fuite comme une désertion ? Alors, vis-à-vis du reste des hommes, cette dérobade serait-elle vécue avec un soupçon de mauvaise conscience, ne devient-elle pas une dette à rembourser ?

Le paiement se ferait en intégrité :“Aller au cœur des choses”, exactitude du témoignage au diapason de ce monde éludé.Prise de risques : “nudité” de l’auteur, audace littéraire.Humilité : effacement derrière l’œuvre et le petit monde de ses personnages.Quant au blog, ce don, il irait en ce sens et serait un surcroit de remboursement.

L’écrivain est-il à ce point un animal moral ?

Où au contraire, non, il expérimente une totale liberté, asociale, revendiquée et assumée de bonne foi. Il n’écrit que pour lui, et ne rend des comptes qu’à son égotisme ?
Rédigé par: JC BARILLON le 19 avril 2008 à 21:55 Alerter


La valise de toile bleue
1. http://youtube.com/watch?v=adciUXqrou8 (« On oublie rien », de Brel)
Rédigé par: JC BARILLON le 15 avril 2008 à 11:16 Alerter


De quoi rugir avec Flaubert...
1. Et souvent nos villages ressemblent à des gueules cassées rasées de près, sous le ciment des années 50. La mémoire des pierres est interrompue, ou bien si ténue… Il y a un avant et un après, avec pour mémoire les cartes postales des vides-greniers.
Rédigé par: JC BARILLON le 12 avril 2008 à 17:47 Alerter

2. Cher Paul, depuis que vous nous avez ouvert votre fenêtre avec vue sur l’océan, Paris m’emmerde.
Rédigé par: JC BARILLON le 12 avril 2008 à 21:17 Alerter


Un antisémite dans Bezons...
1. Pour avoir mes racines parisiennes dans la rue Bezons d’une commune limitrophe, je connais assez bien le coin. Quelques kilomètres plus aval sur la Seine, Chatou et l’Ile Fleurie, avec sa maison Fournaise et ses impressionnistes, en aréopage. Mais ici, c’est du pauvre, et de l’industriel. Pendant la guerre, ça bombardait dur sur les industries et les voies ferrées. Céline a dû bosser quelques jours d’affilée lors du bombardement de la gare de Sartrouville, tombé en plein sur un convoi de voyageurs. Une de nos connaissances qui faisait parti de la protection civile en est restée choquée, mi-folle. Et tous ces anciens villages, nouvelles villes, plantées sur la masse de calcaire, à flanc de coteau, tremblaient littéralement sous les explosions.
Quand par exemple, en 44 les Allemands on dynamité leur blockhaus sur les hauteurs de Carrières sur Seine*, et à Bezons même, le pont de la Morue** (bien que le français chargé de relier les charges ait saboté le travail, un PM dans le dos). Et on faisait passer les aviateurs anglais descendus par la flak en loucedé, chez Churchill, en faisant gaffe au collabo du coin, qui plus tard devint très copain avec les Ricains, aussi.
* D’où plus tard la Royale coordonnera ses sous-marins.
** Explication du nom pour une autre fois.
Rédigé par: JC BARILLON le 11 avril 2008 à 18:31 Alerter

2. Comment peut-on être à la fois un immense salaud et un immense écrivain ? Boubou le 12 avril 2008 à 11:13
Bof, le truc classique, ya méprise à cause du mythe de l’écrivain, supposé être un gentil Bon Dieu, un créateur faisant progresser l’humanité. Alors qu’un texte n’est que la caisse de résonnance d’un esprit humain, faillible. Et on retombe dans l’ambivalence contenu / contenant, ne pas confondre style et idée, etc.
Comme si le Mal devait s’écrire avec une majuscule, et avoir ses créatures, âmes damnées, malfaisants 100%. Toujours le système du bouc émissaire, le méchant c’est lui, là bas, le porteur du malin excommunié d’entre les hommes, l’anathème prophylactique qui nous garde bien proprets.
Alors que la possibilité de faire le mal existe en chacun de nous, et se tapit parfois auprès d’un grand talent. Rien de nouveau, non ?
Rédigé par: JC BARILLON le 12 avril 2008 à 12:45 Alerter


Vie privée?
1. « Un ami grand écrivain après avoir vidé mon pinard par écrire la nuit son immense grand livre. et je l’aime beaucoup car il ressemble à chateaubriand. et il écrit divinement. Il va souvent à Bogota, à Rome, à Lisbonne. Il est souvent à paris et sort beaucoup. »Curieux, notre cher Opitz décrivait un peu votre thébaïde, avec le coup d’œil de l’invité…Le monde littéraire serait-il consanguin, ou tout simplement très petit ?
La résonnance des mots « couches », « nappes », si particulière à ma Normandie, pour vous de l’autre côté des Minquiers, entre les havres de Surville et de Port-Bail.La fausse pesanteur, impalpable. Le ciel serait une nappe gris perle, une épaisseur d’où sourd un miroitement secret, coule sur toute chose, envahit l’esprit comme un brouillard, en nappe, une marée.
Rédigé par: JC BARILLON le 10 avril 2008 à 21:56 Alerter

2. Allons, Clopine. ML est un pauvre homme qui spontanément, par osmose, engendre la souffrance autour de lui. Alors qu’avec d’autres fulgurances il peut donner tant de joies, voir ses dernières notes sur Pascal (un autoportrait symptomatique d’ailleurs). N’en parlons plus, respirez.
Prenez un transat, allons sur la dune, où les millegreux fouettent le vent. Nous ne resterons pas longtemps. Le jusant a laissé un sable dur et froid, nous marcherons grisés de ciel, plein ouest.
A bientôt, chère payse (votre tapisserie en fait foi).
Rédigé par: JC BARILLON le 11 avril 2008 à 13:56 Alerter


le mystère Littell s'�...
1. D’où l’homosexualité du héros, redoutant les femmes humides…
Allez, pour le nouveau blog, champagne ! Cul sec !
Bon, je sors.
PS1 : Désolé, votre œuvre n’est pas restée propre très longtemps.
PS2 : Je suis le premier à dire une cochonnerie ici. On trouve sa fierté où l’on peut.
Rédigé par: JC BARILLON le 09 avril 2008 à 21:18 Alerter


09 avril 2008
1. On en redemande. Faites de votre blog une référence… c’est bien parti !
Rédigé par: JC BARILLON le 09 avril 2008 à 12:49 Alerter